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60 ans du Séminaire de droit international

 

« C'est l'occasion de célébrer 60 années passées à rassembler de jeunes juristes du monde entier et à leur offrir un espace pour partager leur curiosité et leur passion pour le droit international ».

 
Michael Schoiswohl

 


Témoignage de Michael Schoiswohl, Directeur du Séminaire (2025-2026)

 

Michael Schoiswohl a été Directeur du Séminaire de droit international et Conseiller juridique principal de l'ONUG de 2025 à 2026. Il a occupé diverses positions au sein de l'ONU, y inclus au Bureau du Conseiller juridique, Bureau des affaires juridiques au Siège de l’ONU à New York, au Département des affaires juridiques de l’Office de secours et de travaux de l'UNRWA, pour le PNUE, pour l'UNAMA, ainsi que pour le PNUD. Il possède un Doctorat en droit international public ainsi qu’un diplôme en droit de l’Université de Vienne. Il a également obtenu une Maîtrise en droit en études juridiques internationales en tant que boursier Fulbright à l’Université de New York.

 

« C’est pour moi un privilège d’introduire cette publication marquant le 60e anniversaire du Séminaire de droit international (SDI) que l’Office des Nations Unies à Genève (ONUG) organise chaque année en marge des sessions de la Commission du droit international (CDI), conformément aux résolutions de l’Assemblée générale de l’ONU.

Cette publication marque l’occasion de célébrer 60 ans passés à rassembler de jeunes juristes du monde entier et à leur offrir un espace pour partager leur curiosité et leur passion pour le droit international, approfondir leur compréhension des travaux de la CDI et échanger avec ses membres sur les sujets dont elle traite. Une des dimensions fondamentales du Séminaire, qui le distingue des autres programmes de droit international, est ce lien indissociable à la Commission et à ses membres, dont beaucoup ont participé au Séminaire dans le passé. Notre équipe leur est profondément reconnaissante pour leur passion et engagement envers le Séminaire au fil des ans.

Célébrer les 60 ans du Séminaire, c’est rendre hommage aux 1 397 alumni issus de 180 pays, à leur parcours singulier ainsi qu'à celles et ceux dont le dévouement et les efforts ont façonné le SDI pour en faire une expérience unique pour des générations de juristes en droit international. Chacun et chacune présente un point de vue différent sur ce qu’il représente à ses yeux ; il en va de même pour celles et ceux qui ont contribué à son succès en prêtant concours à son organisation, à sa bonne tenue ou à tout autre titre. Toutes et tous ont collectivement construit l’âme du Séminaire. Ce projet s’attache à illustrer sa valeur et son impact à travers leurs récits.

Les témoignages et les contributions présentés ici ne peuvent offrir qu’un aperçu de la riche histoire du Séminaire et de son importance pour les personnes qui ont pu y contribuer et bien au-delà. Nous espérons que la lecture de cette publication sera aussi récréative que l’a été le processus de compilation pour celles et ceux qui y ont pris part.

Nombreuses sont les personnes qui méritent d’être remerciées pour leur engagement au sein du Séminaire. Au nom de plusieurs générations de conseillers juridiques principaux du Cabinet de la Direction générale de l’ONUG, je tiens à remercier les membres de la CDI, d'hier et d’aujourd'hui, pour avoir généreusement accepté de se mettre à la disposition du Séminaire ; leur implication et leur soutien sont au cœur de ce qui rend ce Séminaire unique pour les personnes qui ont le privilège d’y participer. Mon équipe et moi-même souhaitons par ailleurs exprimer notre profonde gratitude à M. Vittorio Mainetti, Professeur à l’Université de Milan, qui a su brillamment assurer la coordination du Séminaire depuis 2006.

Si le Séminaire doit son succès au long travail de préparation qui y est consacré chaque année, il le doit également à la participation financière des États Membres de l’ONU, sans laquelle il ne pourrait avoir lieu. Les généreuses contributions au Fonds pour le SDI permettent chaque année l’octroi de bourses aux participantes et participants éligibles. Une liste des donateurs est disponible sur la page dédiée et je souhaiterais à ce titre encourager l’ensemble des États Membres à participer à cet élan financier pour soutenir le Séminaire au cours des années à venir.

Enfin, nous tenons à exprimer notre gratitude à toutes celles et ceux qui ont partagé leurs réflexions, leurs témoignages et leurs photos pour l’élaboration de cette publication. Chacune de ces contributions donne tout son sens à cette commémoration. Nous espérons qu’elles seront une source d’inspiration pour renforcer notre engagement envers le Séminaire et, peut-être aussi, pour promouvoir le droit international de manière plus générale. Nous avons à cœur de perpétuer la tradition du Séminaire, d’œuvrer à son évolution pour répondre aux besoins du XXIe siècle et de poursuivre sa mission au profit des futures générations de juristes internationalistes ».

 

Témoignage de Markus G. Schmidt DPhil, Directeur du Séminaire (2010-2023)

 

« J’ai eu le privilège de diriger le Séminaire de droit international de 2010 à 2023. À plusieurs égards, cette expérience s’est avérée enrichissante.

Tout d’abord, le SDI a ravivé mon intérêt pour le droit international public, après m’être consacré exclusivement, pendant plus de deux décennies, au droit international des droits de l’homme et aux mécanismes des Nations unies en matière de droits de l’homme. Le SDI m’a incité à me reconnecter avec l’ordre du jour de la Commission du droit international et les thèmes dont elle débattait à l’époque. Chaque année, un thème particulier de la CDI était choisi pour être étudié au sein de deux groupes de travail du SDI, dont chacun présentait son rapport sur ce thème à la plénière du SDI à la fin du séminaire.

Deuxièmement, le SDI m’a permis de faire la connaissance, année après année, d’environ 25 à 30 praticiens issus d’une nouvelle génération de juristes internationaux, actifs soit dans le milieu universitaire, soit au sein de la fonction publique, et issus d’horizons juridiques très variés. Mes discussions avec les participants au SDI étaient toujours stimulantes, parfois même provocantes. J’appréciais de suivre les débats entre les participants et les membres de la CDI qui s’adressaient à eux sur des thèmes liés à la CDI - selon le sujet et l’approche adoptée par l’expert de la CDI, les débats qui suivaient la présentation étaient animés, voire parfois polémiques, ce qui témoignait de la diversité des parcours juridiques des participants.

Depuis de nombreuses années déjà, le SDI joue un rôle moteur dans la création de réseaux au sein d’une nouvelle génération de juristes internationaux. En juillet 2018, le SDI a mis en place un réseau d’anciens participants qui permet aux anciens et aux actuels participants d’échanger leurs points de vue et leurs expériences professionnelles, et qui sert également de forum de discussion sur des questions d’actualité en matière de droit international. Certains anciens participants sont par la suite devenus ambassadeurs de leur pays, voire membres de la Commission du droit international.

Le réseautage entre jeunes juristes internationalistes partageant des perceptions convergentes, ou du moins compatibles, de l’état du droit international revêt une importance particulière dans le contexte d’un système international de plus en plus fragmenté et de défis croissants posés au droit international, dans un monde où un nombre croissant d’États bafouent ouvertement ou subrepticement les principes du droit international et du droit international humanitaire - et justifient leurs actions par des arguments juridiques contestables. Les sessions précédentes du SDI ont, et je le regrette personnellement, quelque peu éludé les eaux troubles dans lesquelles navigue actuellement le droit international, et peut-être que les futures sessions du SDI - et peut-être aussi de la CDI - devraient aborder plus ouvertement les défis actuels auxquels est confronté le droit international.

Le financement du SDI repose entièrement sur les contributions volontaires des États membres de l’ONU. Un nombre important d’entre eux ont versé des contributions au Fonds du SDI, et certains le font chaque année, permettant ainsi à l’ONU d’octroyer des bourses et des indemnités de déplacement - modestes, il est vrai - aux participants au séminaire issus de pays en développement. Ces contributions volontaires ont diminué récemment, et j’espère vivement qu’elles reprendront afin d’assurer une base financière solide au séminaire.

Je tiens enfin à remercier mes anciens collègues du Service juridique de l’Office des Nations Unies à Genève, en particulier Vinuon In et les stagiaires juridiques, ainsi que le coordinateur du séminaire, Vittorio Mainetti, qui travaillent discrètement mais efficacement en coulisses pour organiser et contribuer au bon déroulement du séminaire. Sans eux, le séminaire ne serait tout simplement pas ce qu’il est aujourd’hui ».

 

Témoignage de Vittorio Mainetti, Coordinateur du Séminaire (2006-2026)

 

Vittorio Mainetti est le Coordinateur du Séminaire de droit international depuis 2006. Il est titulaire d'un doctorat en droit international de l'Institut de hautes études internationales et du développement de Genève (IHEID) et de l'Université de Milan. Il enseigne actuellement le droit international et le droit des organisations internationales à l'Université de Milan, en qualité de professeur adjoint. Il a délivré de nombreuses conférences sur invitation d'universités en France, en Suisse, en Italie et en Espagne. Il est l'auteur de plusieurs publications scientifiques sur différentes questions de droit international. LinkedIn - Academia.edu

 

« Pour moi, le Séminaire de droit international a  toujours été l’un des moments les plus marquants de l’année. A mes yeux, il est également indissociable d’un lieu historique : le Palais des Nations à Genève.

Bien avant de m’impliquer dans le Séminaire, en 2002 déjà, j’ai travaillé dans ce bâtiment, à une époque où j'étudiais le droit international. En tant que guide au Service des visites, j’accompagnais les visiteuses et les visiteurs à travers le Palais, leur faisant découvrir les salles de conférence et leur expliquant l’histoire du bâtiment, depuis l’époque de la Société des Nations jusqu’aux travaux actuels de rénovation de ce bâtiment historique. C’est là que j’ai développé pour la première fois un profond attachement à ce lieu extraordinaire. Le Palais des Nations est bien plus qu’un simple centre de conférences. Il incarne ce que l’on appelle souvent  « l’esprit de Genève » : la conviction que le dialogue entre les nations, aussi difficile soit-il, reste essentiel pour relever les défis de notre époque.

Chaque été, à Genève, un nouveau groupe de jeunes juristes en droit international arrive des quatre coins du monde, apportant leur curiosité, leur énergie intellectuelle et la diversité de leurs traditions juridiques. En quelques jours, les nouvelles rencontres amènent à des relations professionnelles qui bien souvent se transforment en liens d’amitié. Ce qui commence comme un programme académique devient rapidement bien plus qu’une simple formation : une expérience humaine partagée, bâtie autour d’une passion commune pour le droit international. C’est dans cet esprit que le SDI rassemble depuis 60 ans des générations de jeunes juristes, formant ainsi une communauté véritablement mondiale, engagée dans l’étude et la pratique du droit international. Je me sens privilégié d’avoir pu assister à près d’un tiers de ces soixante années d’histoire du Séminaire de droit international. Depuis 2006, j’ai pu coordonner 19 sessions  

du programme, auxquelles 470 participantes et participants représentant 119 pays ont pris part. Chaque session a été différente, mais toutes ont partagé le même esprit : curiosité intellectuelle, ouverture au dialogue et réel engagement envers le droit international.

En repensant à toutes ces années, ce qui me frappe le plus, c’est la générosité de toutes celles et tous ceux qui ont contribué au Séminaire. Le programme repose en grande partie sur l’engagement bénévole des membres de la CDI ainsi que des personnalités des mondes universitaire et professionnel qui ont la gentillesse de partager leurs connaissances et leur expérience avec les participantes et participants. Leur volonté de consacrer du temps et de l’énergie au Séminaire témoigne d’une conviction profonde quant à l’importance de transmettre le droit international aux nouvelles générations.

Le Séminaire n’existerait pas sans les nombreuses personnes qui ont assuré sa pérennité au fil des ans, souvent avec une grande discrétion. J’ai eu la chance de travailler avec plusieurs directeurs dont l’engagement et les qualités personnelles ont profondément marqué ma propre expérience du programme. C’est avec Ulrich von Blumenthal que j’ai pu découvrir le SDI. C’est grâce à lui que j’ai appris non seulement comment fonctionne le programme, mais également comment le mener 

à bien, comment s’en occuper comme on s’occupe de quelque chose de précieux. Il m’a transmis son profond attachement au Séminaire et m’a appris à le cultiver non pas simplement comme un programme institutionnel, mais comme une formidable aventure humaine. Markus Schmidt, qui lui a succédé, m’a accordé une grande confiance et m’a donné la liberté de développer le SDI à ma manière, tout en m’offrant toujours des conseils avisés et un soutien constant. Plus récemment, Michael Schoiswohl m’a témoigné la même confiance, m’encourageant non seulement à perpétuer les traditions du SDI, mais également à sortir des sentiers battus et à faire preuve d’audace lorsque les circonstances l’exigeaient et le permettaient. Avec le recul, je réalise la chance qui m’a été offerte de travailler avec des personnes d’une telle générosité, d’une telle intelligence et d’un tel engagement.

La vie du SDI a également été façonnée, à bien des égards, par les collègues qui l’ont accompagné en coulisses au fil des années. À cet égard, j’ai eu la chance de travailler en étroite collaboration avec Vinuon In, du Service juridique de l’ONUG, pendant près de deux décennies. Son professionnalisme, sa mémoire remarquable, sa gentillesse et son souci constant du détail font partie intégrante du Séminaire depuis aussi longtemps que je me souvienne. Au-delà de son rôle institutionnel, elle a été une présence constante dans cette aventure, et je ne pourrais imaginer le Séminaire sans elle. J’ai également eu la chance de travailler avec Florence Wassner, du Service juridique de l’ONUG, dont la générosité et la disponibilité ont depuis longtemps contribué à l’esprit d’accueil du Séminaire. Travailler avec des collègues telles que Vinuon et Florence a été l’un de mes grands privilèges.

L’histoire du SDI est également étroitement liée aux contributions des membres de la Commission qui ont généreusement consacré leur temps et leur énergie à échanger avec les participantes et participants. Certaines et certains de ces collègues ne sont malheureusement plus des nôtres. Je me souviens notamment avec une affection particulière de Concepción Escobar Hernández et de Paula Escarameia, dont la générosité intellectuelle et l’engagement personnel ont laissé un souvenir indélébile à de nombreuses cohortes du Séminaire. La liste de celles et ceux qui ont contribué au programme au fil des ans est toutefois bien trop longue pour être mentionnée ici, et le SDI leur doit  à toutes et tous une profonde reconnaissance.

Enfin, le véritable héritage du SDI réside cependant dans ses participantes et participants. Au fil des années, bon nombre d’alumni ont poursuivi des carrières remarquables dans le domaine du droit international. Ils occupent aujourd’hui des fonctions d’ambassadrices et ambassadeurs, de conseillères et conseillers juridiques au sein de ministères des affaires étrangères, de fonctionnaires dans des organisations internationales, de membres de comités internationaux, de juges au sein de tribunaux internationaux ou d’universitaires partout à travers le monde. Pour un grand nombre de jeunes juristes en droit international, la participation au SDI a marqué une étape importante de leur parcours professionnel.

L’un des aspects les plus gratifiants pour moi, en tant que coordinateur du SDI, aura été de rester en contact avec bon nombre d’alumni. Pour certaines et certains, les échanges se sont poursuivis au fil des années, transformant de simples relations professionnelles en des amitiés durables. Toutes et tous font désormais partie de ce que j’aime appeler ma « famille du droit international ».

Ces dernières années, ce sentiment d’appartenance à une communauté a également pris une forme plus structurée avec la création du Réseau académique du SDI, qui rassemble des alumni du programme et vise à entretenir et à renforcer les liens entre celles et ceux qui ont partagé l’expérience du Séminaire et qui continuent, à différents titres et aux quatre coins du monde, à contribuer au développement et à la pratique du droit international.

Alors que le SDI célèbre son 60e anniversaire, sa plus grande force réside non seulement dans les connaissances qu’il véhicule, mais également, à l’évidence, dans la communauté qu’il crée, une communauté qui transcende, qui traverse les continents, les institutions et les générations.

Alors que le droit international est confronté à des défis de plus en plus complexes, des espaces tels que le Séminaire de droit international demeurent indispensables. Ils favorisent le dialogue, la compréhension mutuelle et la coopération entre les futures générations de juristes en droit international. Et c’est peut-être là l’héritage le plus significatif du Séminaire : la conviction que le droit international n’est pas seulement un ensemble de règles et d’institutions, mais plus encore un langage qui nous permet de nous comprendre mutuellement et de travailler ensemble au-delà des frontières ».